jeudi 6 mars 2008

Serial losers

Attention ces types sont dangereux ! Malgré leur sourire de façade, ces mecs sont quand même capables de s’enfermer dehors eux-mêmes, et ce plusieurs fois dans la même semaine, le tout sans aucun produit dopant. Bon d’accord, à leur décharge, j’avoue que c’est arrivé même au meilleur d’entre nous. Mais quand même. Bizarrement, ces petites mésaventures arrivent le plus souvent le « matin » (enfin, « au réveil » serait quand même plus honnête). De là à en conclure un effet tête-dans-le-cul, il n’y a qu’un pas que je ne me permettrai pas de franchir. Le procédé est d’une simplicité touchante. En gros : tu te lèves, tu sors de ta chambre la bouche en cœur, tu t’apprêtes à descendre l’escalier en toute innocence jusqu’à ce que tu entendes un gros « blaaaaam » (i.e « claquement de porte violent dû à un gros courant d’air car ton abruti de voisin a laissé sa fenêtre grande ouverte »). Et là, à ce petit bruit familier, en une fraction de seconde, ton rythme cardiaque s’accèlère, un frisson parcoure ton échine et tu commences à transpirer. Car tu sais que c’est trop tard. Le mal est fait. Et ouais, comme un gros blaireau, tu réalises que t’as encore oublié ta clé à l’intérieur, que le loquet est fermé et que tu t’es piégé toi-même comme un renard. Du grand art ! Généralement, le « blaaaaam » est suivi de très près par un « Oooooh p#%*+ !!!», qui varie bien entendu selon la langue d’origine de la victime. Après ça, deux solutions s’offrent à toi : soit tu acceptes, résigné, de poireauter pendant une durée indéterminée ; soit tu décides de réagir face à ce coup du sort (en fait il existe aussi une 3e option qui consiste à totalement paniquer et à envisager de défoncer ta porte car t’es déjà super à la bourre, mais celle-ci concerne surtout les débutants, et reste quand même à déconseiller à tous les jeunes). Donc plusieurs écoles. La plus réputée reste l’école serbo-monténégrine, incarnée par un certain Nenad. Très, très professionnelle. Normalement, « l’auto-enfermage dehors » n’arrive qu’assez rarement. Mais lui a décidé d’en faire un art de vivre. Car il a une technique quasi-infaillible : la petite cuillère. Chaque fois qu’il se retrouve à la porte, il se dirige tranquillement vers la cuisine et en revient avec une petite cuillère à la main. Il n’a plus dès lors qu’à forcer patiemment le verrou et le tour est joué (Bon certes, à force de tordre les petites cuillères il est passé à la carte de crédit, ce qui est tout aussi efficace, et moins chiant pour ceux qui veulent manger leur yahourt).
La technique bengladi est assez connue aussi, mais beaucoup moins fiable. Son représentant, Naifis, a eu le bonheur de voir sa porte lui claquer au nez dès le premier jour. Lui a tenté sa chance avec une pince à épiler, puis avec un long couteau de cuisine, puis avec tout ce qui lui passait sous la main. Mais n’est pas MacGyver qui veut ! Résigné, transi de froid dans son caleçon écossais XXL (avouez qu’un mec qui se trimballe en caleçon écossais ne peut pas être complètement honnête !), il a dû attendre l’arrivée des secours. Plus exactement, il a téléphoné à sa copine qui habite à l’autre bout de Londres, pour qu’elle lui amène des fringues. La classe ! Mais le record d’attente est pour l’instant détenu par un certain Arome, un ex-collocataire. Il faut dire qu’il a placé la barre très haut en poireautant pas moins d’une journée entière, errant entre le couloir et la cuisine jusqu’à ce que le proprio arrive avec le double de clé, vers 18h. Entre temps, aux abois, le malheureux a bien tenté une sortie en caleçon dans la rue, espérant pouvoir escalader le mur du jardin et rentrer dans sa chambre par la fenêtre. Mais ce con n’a pas été foutu d’escalader le mur (qui est quand même assez haut, j’avoue). Même si sa folle entreprise avait réussi, une dizaine de voisines commères étaient sûrement déjà prêtes à dégainer le téléphone pour appeler la police. Enfin voilà. Un petit message de prudence quand même pour conclure: même s’il paraît simple et amusant, ce jeu est pratiqué par des professionnels. N’essayez surtout pas de faire pareil à la maison.

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