samedi 31 mai 2008

Ghost job

Il y’a deux semaines j’avais lancé un nouveau concept : deux boulots pour le prix d’un. En voilà une nouvelle variante : décrocher un emploi fictif. Bien sûr ça existe déjà, la Mairie de Paris en est d’ailleurs la meilleure spécialiste. Sauf que d’habitude il n’y a pas d’entretien à passer. C’est là que j’innove. Problème : ce job fantôme n’est pas rémunéré, autrement c’était exactement ce qu’il me fallait.
Donc comme vous le savez, la semaine dernière je passais un entretien dans une librairie. Très bien, j’assure comme une bête, normal. Je déjoue les questions pièges de la manager pendant trois-quarts d’heure avec une aisance déconcertante, lui raconte ce qu’elle veut entendre et tout se passe parfaitement bien (enfin en apparence). A la fin du "cuisinage" en règle, elle m’offre pratiquement le poste. Seul petit-gros hic : je travaille encore pour Thorntons, à qui je suis tenu de donner une semaine de préavis, alors que le boulot en question débute immédiatement. Je vois bien que ça la fait tiquer. Bref je me casse, en attendant de ses nouvelles.
Rien pendant deux jours - donc déjà c’est mort pour le poste que je briguais. Puis coup de fil de la bonne femme de Books etc… (oui c’est le nom de la chaîne, ou Borders pour faire plus simple). Elle m’explique que c’est effectivement mort car elle ne sentait pas trop le coup du double boulot, mais elle me propose à la place le poste du week-end, qui ne débuterait lui qu’au mois de juin. J’accepte plus ou moins (plutôt moins que plus dans ma tête), et elle me redonne RDV le lendemain pour ficeler tout ça, fournir mes détails bancaires, Insurance number et tutti frutti... Je me pointe donc à son bureau, où elle m’attend avec une tête de six pieds de long : "Ecoutez je suis vraiment embêtée, je viens juste de recevoir un coup de fil du Head office et ils ont décidé de geler le poste du week-end pour l’instant, alors que j’ai besoin de quelqu’un blablabla ". Attends coquine, est-ce que tu n’aurais pas une fâcheuse tendance à te foutre un peu de ma gueule par le plus grand des hasards ?
Loin d’être convaincu par des explications que je n’ai d’ailleurs pas comprites, je lui demande s’il y’a un problème, si j’ai fait une erreur ou je ne sais pas quoi. Effondrée, rongée par la douleur et un sentiment de culpabilité légitime, elle me jure : "Non pas du tout, vous êtes génial, je n’avais jamais vu quelqu’un d’aussi brillant de toute ma carrière, je ne comprends pas du tout, si ça ne tenait qu’à moi je vous laisserais ma place, cette compagnie a besoin de vous…". Non pardon, elle me dit : "Non pas du tout (c’est le même début quand même), votre profil est bon, vous êtes motivé. C’est juste compliqué en ce moment au niveau des budgets, mais dès qu’une place se libère je vous rappelle". Mouais… D’après elle, ça peut être juste une question de semaines. Great mais je n’ai pas trop l’intention d’attendre comme un couillon qu’une place se libère. Donc je vais continuer à prospecter, mais peut-être pas dans les bookshops car visiblement c’est trop tard pour cet été. Ce sera pour septembre.
Mais en fait je n’ai pas tout capté à ce film. Je crois plus que moyennement à son excuse de budget, même si c’est tout à fait possible*. Se foutrait-elle alors de ma gueule (pardon je suis grossier) ? J’opterais volontiers pour cette option. Seulement à qui profite le crime ? Car il n’y a a priori aucun mobile. Ou alors c’est trop technique pour moi. Aucun intérêt de me passer à la question, de perdre son temps, de me rappeler, me dire que c’est bon etc… pour se raviser au dernier moment. Surtout qu’ici ils ne sont pas du genre à perdre leur temps et à s’embarrasser de politesse. Si tu ne fais pas l’affaire, tu dégages. Bizarre, bizarre…
Bon enfin il y’a tout de même du positif dans cette affaire. J’en ai encore profité pour renforcer mes exigences à Thorntons et faire ma diva. Je leur ai dit que pour l’instant je n’étais plus disponible le week-end. C’est cool j’abats toutes mes cartes une par une et pour l’instant ça marche, ma manager accepte. J’ai déjà fait plusieurs faux départs, pris deux semaines de vacances rémunérées alors que je n’avais droit qu’à une seule, demandé à ne travailler que tant de jours, puis tant d’heures par semaine. Maintenant je me fais mon emploi du temps à la carte. Comme ils ne se gênent pas pour essayer de m’entuber, c’est de bonne guerre. Tiens la prochaine fois je vais encore pousser le bouchon : si vous ne triplez mon salaire je pars ! Je pars ??? Ah, très bien vous le regretterez ! Ne me retenez pas !

Rectificatif : En déposant mon CV dans un autre Books etc…, le manager m’a dit spontanément qu’il y’avait des gels de poste dans la compagnie. Ça doit donc être vrai, au temps pour moi…

Petite coupure

Suite à une coupure d'éléctricité conjuguée à un emploi du temps surchargé, ce blog n'a pu être alimenté pendant une semaine. La panne ayant été identifiée, ce dernier va pouvoir retrouver son rythme habituel.

vendredi 23 mai 2008

Mille excuses

Une terrible erreur s'est produite lors de la diffusion du clip My heart will go on il y'a deux jours. Pour des raisons encore floues, la version officielle de ce clip a été remplacée par une parodie douteuse, un détournement orchestré par Céline Dion, qui est décidément tombée bien bas. Vous avez été nombreux à vous plaindre du caractère obscène et de la violence de certaines images, et je le comprends parfaitement. Je n'exclue pas une tentative de piratage du fan-club de Céline Dion, extrêmement actif sur le net, et qui aurait essayé de prendre le contrôle de ce blog.
Par mesure préventive, le responsable technique de ce malencontreux incident a de toute façon été licencié sur le champ. En espérant que les fans inconditionnels du film (et je sais qu'ils sont nombreux) ne me tiennent pas rigueur de cette bavure. Voilà donc cette fois le clip ORIGINAL de cette chanson. Loin de moi l'intention de consacrer ce blog à Titanic, mais par souci de crédibilité je me devais de corriger cette erreur. Encore pardon, et bon visionnage.


jeudi 22 mai 2008

Entretien d’embauche

I got the job! Enfin non pas du tout... enfin si, mais non... disons que je l'ai en théorie, mais pas en pratique! Vous n'avez rien compris ? C'est normal moi non plus. Je vous expliquerai. Voici pour patienter le contenu de mon "interview" à Books etc Ou deux-trois conseils pour réussir votre prochain entretien d’embauche. Et désamorcer les questions pièges.

"Bien tout d’abord, qu’est-ce qui vous amené à postuler chez nous ?

- Ah je l’attendais celle-là ! Ça commence bien tiens… A vrai dire, je ne sais pas. Le hasard, le désoeuvrement, l’appât du gain, le besoin d’argent… Je ne sais pas. Un peu de tout ça à la fois. Dîtes donc elle est pas évidente votre question. En même temps je n’ai pas à me justifier.
- Vous ne voyez rien d’autre ?
- Hummm, non je ne vois pas. Attendez laissez-moi cinq secondes… hummmmm… non je ne vois pas.
- L’amour des livres peut-être ?
- Ah non ça risque pas ! Les livres c’est pour les blaireaux, ouahahaha (rire gras). Moi j’ai autre chose à foutre que de lire des bouquins. C’est vrai c’est chiant les livres c’est plein de textes. Ça m’irrite la rétine. A la limite les BD…
- Bien, bien. Pour vous qu’est ce qu’un bon service-client ?
- Ah, excellente question. Je vous suis extrêmement reconnaissant d'aborder ce sujet qui me tient à coeur. Tout d’abord, je refuse de parler des clients en tant qu’entité. Pour moi il n’y a pas un client, mais des clients. Englober la diversité des personnalités, la richesse de l’âme humaine dans une seule et même personne est à mon avis terriblement réducteur. J’estime qu’il existe autant de clients potentiels que d’habitants sur cette bonne vieille planète. Enfin non je ne compte pas les pauvres, hohoho ! Non en fait tout ça c'est de belles paroles. Au risque de vous choquer, je vais vous donner le fond de ma pensée: je crois qu’il ne faut pas raisonner en terme de clients.
- C’est-à-dire ?
- C’est-à-dire qu’il ne faut pas raisonner en terme de clients.
- C’est-à-dire ?
- Le client, c’est juste un emmerdeur. Le genre de mec qui vient vous poser des questions complètement vicieuses, auxquelles vous ne savez pas quoi répondre. Le client, c’est l’ennemi n°1 du vendeur. Son seul objectif, passez moi l’expression, c’est de "casser les couilles". Le client tout ce qu’il veut dans la vie, c’est que les employés finissent en retard. Si vous fermez à 20h, il va venir passer commande à 19h59. En clair, c'est un bien triste personnage. C’est pourquoi ma théorie repose sur un principe simple : moins j’en vois, mieux je me porte.
- Mais, vous ne pensez pas que le rôle du vendeur est justement d’aider le client, de l’aiguiller dans ses choix?
- Moi à mon boulot je les envoie chier. C’est bon ! "Est-ce que vous avez des chocolats pour diabétiques ?", "Est-ce que celui-là contient de l’alcool ?", "Combien de chocolats dans cette boîte ?". Hé qu'est-ce que j'en sais moi ? Vous faîtes comme moi vous lisez la boîte. Les gens sont d'un sans-gêne maintenant, ils croivent qu’on est à leur disposition.
- Ah, c’est…intéressant. Et sinon que pensez-vous pouvoir apporter à notre entreprise ?
- (Long sifflet) Oh plein de choses, plein de choses. Mais c’est toujours difficile de parler de soi, surtout que je n’aime pas me mettre en avant. En tous cas mes amis me décrivent comme quelqu’un de brillant, modeste, raffiné, travailleur, fin psychologue… quoi d’autre ? Perspicace, serviable, ouvert d’esprit… J’arrête je vais me faire rougir. Ah si, j’apporterai mon humour. J’ai un sacré paquet de blagues en stock. Ah ça vous allez vous marrer avec moi, satisfait ou remboursé!
- Question inévitable: êtes-vous capable de faire preuve de flexibilité ?
- Bien-sûr, il faut être flexible de nos jours. Moi je suis disponible tous les jours, à part le mardi et le jeudi. Je ne suis pas fan de travailler le week-end non plus, c’est fait pour se reposer quand même. Sinon je ne suis pas trop du matin, donc ne comptez pas sur moi pour ouvrir. Mais à partir de 13h pas de problème. Autrement j’ai déjà posé mes vacances pour juillet-août, normal. Moi il me faut mes deux mois de coupure pour recharger les batteries. En France c’est comme ça. Mais à part ça je suis flexible, pas de souci.
- Vous êtes bien-sûr disponible dès maintenant?
- Euh, oui bien sûr. Enfin non pas vraiment. Disons que je n'ai pas encore donné mon préavis. Mais vous inquiétez pas c'est un détail.
- Rien à ajouter ?
- Bah là je suis un peu pressé, si ça ne vous dérange pas ! En tout cas je suis trop motivé !
- D’accord. Et bien écoutez pour moi c’est parfait, le profil est plutôt bon. Merci on vous rappellera. "

mardi 20 mai 2008

Crack-Boum-Hue

Messieurs, j’ai trouvé le piège à fille du siècle : jouer Titanic à la harpe dans une station de métro ! Infaillible. C’est en tout cas ce que j’ai constaté hier, à Green Park. Un petit attroupement s’était formé devant un busker, qui interprétait le fameux My heart will go on de Céline Dion. Petit malin, va ! A la harpe ça rend très bien au passage, magnifique. Ça c’est mon côté midinette. Parmi les curieux, une majorité de groupies, des étoiles plein les yeux. Oh pas que du premier choix, certes, encore que. Emballez, c’est pesé ! Mais le meilleur, c’est que j’ai même vu une fille passer son chemin, puis faire demi-tour 30 mètres plus loin (effet rétroactif) pour revenir donner une pièce à ce gars. C'est tout de même assez rare. Il faut croire que la jolie romance entre Kate et Leonardo fait toujours recette. So cheesy !
Tombeurs du samedi soir, dragueurs de supermarché, vous savez ce qui vous reste à faire. Oubliez le Kissing ou SuperU, devenez musicien. Faîtes moi confiance. "Tu as confiance en moi ?""J’ai confiance en toi". Bon il y’a quand même deux-trois inconvénients, mais on n’a rien sans rien : d’abord il faut évidemment acheter ou voler une harpe, ce qui passe encore. Après il faut apprendre à en jouer. Bon OK, trop compliqué. Laissez tomber, c’était un plan foireux. "Mais… je vole !!!"
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PS: ce message est livré avec un supplément vidéo gratuit du clip original de My heart will go on. Pour ceux qui auraient oublié la mélodie, mais surtout pour le/la romantique qui sommeille en chacun d'entre vous.

vendredi 16 mai 2008

Pas de fumée sans feu

Je suis devenu un spécialiste de l'enfumage dans cet appart. Si vous avez des renards, lièvres ou blaireaux (ça je n'en doute pas) à déloger, je suis votre homme. Je dois dire que ce midi j'y suis allé un peu fort avec les plaques de cuisson. Mais c'est le menu extrêmement raffiné qui voulait ça: steack haché-patates! Les patates ont fait un séjour relativement prolongé dans le four à 250° (température idéale pour obtenir des pommes de terre dorées à souhait), pendant que le steack frissonnait de plaisir sur la poêle. Hé c'est de la viande anglaise quand même, il ne faut donc pas hésiter à la cuire un brin trop, voire la carboniser. On n'est jamais trop prudent.
Afin de ne pas stresser mes aliments, et de laisser libre cours à leur imagination, je suis allé faire un petit tour dans ma chambre pour voir si j'y étais. La viande stressée c'est jamais bon, c'est de la semelle. Jusqu'à ce que mon odorat soit attiré par une douce senteur de... roussi... de brûlé quoi. Saisissant le message, je me rends immédiatement dans la cuisine. Il est malheureusement trop tard, je ne peux que constater les dégâts. La pièce -que dis-je l'appart- est enveloppé d'une épaisse fumée grise qui me rappelle les pires coups de "grisou" du temps où je travaillais à la mine. On n'y voit pas à plus d'un mètre là-dedans.
N'écoutant que mon courage, je me jette dans les flammes tête baissée, saisis la poêle et en exfiltre le steack brûlé au 3e degré. Dans la foulée j'ouvre violemment la porte du four, et subit de plein fouet un souffle de chaleur insoutenable qui me fait lâcher prise. Au loin j'aperçois mes chères patates, prisonnières des flammes. "Thomas laisse nous, sauve ta peau! Pars tant qu'il en est encore temps... Tu ne peux plus rien pour nous". "Jamais! Tout ça c'est de ma faute... Je vous ramènerai dans mon assiette, même si je dois y laisser la vie". Je parviens finalement à extirper les patatos du piège infernal qu'était devenu ce four, et à les emmener en lieu sûr.
Malgré les premières frayeurs, le constat est plutôt rassurant. La viande n'avait certes pas besoin de plus, mais les patates sont quasiment intactes. J'attribuerai donc cette alerte incendie non pas à une quelconque négligence de ma part, mais plutôt à un matériel défectueux et ne répondant certainement pas aux normes de sécurité. Sans parler de la participation bien involontaire d'Erwan, qui fêtait son retour en laissant chauffer une casserole vide à plein feu pendant 5 minutes. Non je ne cherche pas à me dédouaner, ce sont là des faits avérés.
En remontant à l'étage, je tombe sur Liam, en train de suffoquer dans sa chambre, crachant ses poumons. La fumée, extrêmement tenace, a en effet réussi à se propager dans toute l'habitation, n'épargant que de rares recoins. D'ailleurs au moment où je vous parle elle est encore loin d'être dissipée. Riant jaune, il m'interpelle: "Hé Thomas, merde, regarde moi ça!" C'est vrai que sa chambre s'est transformée en aquarium, pas facile de respirer. "Vraiment Liam c'est pas bien de fumer dans ta chambre. Si ça continue je vais devoir le dire au propriétaire". Pourtant du genre à se foutre de tout, notre Anglais n'est pas super satisfait. Le pauvre a les yeux qui piquent. Chochotte va! Au moins maintenant en cas de conflit, je sais comment l'abattre: mettre le feu à sa porte, et attiser les braises avec un soufflet.
Bon je vous rassure, personne n'a été blessé dans l'histoire. Par chance, l'appart était quasiment inoccupé, ce qui a évité les intoxications au monoxyde de carbone. Moi je suis allé déguster mon festin dans ma chambre, là où l'air est plus frais. Liam, qui ne voulait pas ouvrir sa fenêtre pour ne pas avoir froid (ça doit pas être un vrai Anglais celui-là) et Erwan, qui ne peut plus ouvrir la sienne (ah les bonnes petites surprises du retour à la maison) ont pris leur mal en patience, respirant tant bien que mal une partie de l'après-midi. Au moins c'était un bon exercice incendie, non? Et puis après tout, que voulez vous? On ne fait pas de grande cuisine sans casser des oeufs.

jeudi 15 mai 2008

Buy one, get one free ?

Un peu de sérieux sur ce blog, ça ne fera pas de mal. Hier j’ai connu une journée assez fructueuse. En tout cas "potentiellement fructueuse". J'ai l'impression qu'il y'avait une promo, genre deux jobs pour le prix d'un. Je prends! Mais comme derrière toute promo, il y'a un piège: aucun de ces boulots n'est assuré, loin s'en faut.
Tout d’abord j’avais rendez-vous avec des responsables du Petitjournal.com, un site d’information qui cible surtout les expatriés français. J’avais déjà pris contact avec eux quand j’étais arrivé à Londres, pour tâter le terrain. Mais faute de temps je n'avais pas donné suite. Cette fois c’est eux qui m’ont rappelé pour fixer un rendez-vous. En fait ils ont des rédactions un peu partout dans le monde, mais bizarrement pas à Londres. Et comme il y’a un énorme marché à prendre (selon la légende, on serait 250 000 Froggies rien qu’à Londres), ils sont venus prospecter quelques jours - je suis trop modeste pour avouer qu’ils avaient fait le déplacement uniquement pour moi. Bref j’avais donc rendez-vous avec le "Responsable du développement" (ouaaah) et le "Directeur" tout court (ouaaaaaaaaaaah). Ça ne rigole pas.
Pour moi il s’agissait d’une rencontre informelle, un premier contact dans un pub autour d’une bière. Quel naïf ! On s’est en fait rencontré dans un business centre à Victoria, très chic et aseptisé. Les mecs étaient en costard, moi en jogging/mocassins à glands. Cool quoi ! "On prend quelque chose à boire ?". J’allais juste lâcher : "Ah oui, une Guinness !", mais ces salauds ont commandé des jus de fruits, genre « Pago ». Pour déjouer le piège et rester neutre, j’ai pris un espresso.
Bon je vous passe l’entretien, c’est toujours un peu la même chose. Ah si, le directeur m’a demandé : "Et sinon, vous écrivez un peu, vous tenez un blog ?". "Euuuuuh, oui c’est-à-dire que j’ai commencé un blog…" "Ah c’est bien, il faudra nous donner l’adresse !" "Oui, oui. Mais vous savez c’est pas vraiment professionnel, c’est plus histoire de m’entretenir. Je ne suis pas sûr que ça vous fasse rire !". En tout cas ça ça les a fait marrer, et ils on abandonné leur plan machiavélique. Tant mieux je n’aurai pas à édulcorer ce blog.
En gros ça s’est bien passé, ils m’ont expliqué leur projet, moi le mien et blablabla. Dans les autres villes ils ont installé un système de franchise ou chacun mène un peu sa barque comme il l’entend. Mais pour Londres ils voudraient d’abord gérer le truc eux-même, car c’est énorme et trop compliqué. Et visiblement investir un paquet de fric. Enfin pour vous c’est très chiant donc je n’entre pas dans les détails. L’idée serait de constituer une équipe de 4 ou 5 pigistes et de commencer en septembre. Et si ça marche, créer une véritable rédaction avec des journalistes salariés. Parfait c’est exactement ce qu’il me faut. Mais bon ce n’est qu’un projet, on verra bien. Nous nous sommes donc quittés bons amis, nous promettant de nous envoyer des cartes postales régulièrement.
Juste en sortant, je passe devant une librairie. Allez je vais donner mon CV falsifié, enfin disons "adapté" (oui pour info j’ai bossé chez Ryst pendant quelques mois), ça ne coûte rien- enfin si 20 pence quand même. Je pose donc la question rituelle : "Do you have any fucking vacancy ?" Surprise, la réponse est "Oui, peut-être". Tiens donc, elle est bien bonne celle-là. L’employé prend donc mon CV, jurant sur la tête de sa grand-mère qu’il va le transmettre en mains propres au manager. Mais je ne suis pas né de la dernière pluie, héhé. Etant moi-même un spécialiste de l’égarement de CV à Thornton’s – parfaitement involontaire, je précise- je temporise. Bonne pioche, le manager, qui est d’ailleurs une femme, arrive à ce moment là. Elle jette un coup d’œil à mon CV, on papote 30 secondes et elle me propose de fixer une interview, cash ! Merde cette gourgandine ne me file que des dates pourries, quand je travaille déjà. Je me permets donc de faire la fine bouche : après tout si elle tient à moi elle peut bien faire un effort. Après des heures de négociations âpres et serrées, on parvient enfin à un compromis : rendez-vous samedi matin à 10h30. C’est bon ça !
Bon évidemment c’est très, très loin d’être gagné. Dans les librairies, la concurrence n’est pas polonaise, russe ou serbo-croate, mais bel et bien british. Espérons que le french flair fasse la différence. Pffff, qu’est-ce qu’il est long ce message. Je me saoule moi-même, alors j’imagine pour vous. Autre problème, et de taille : si je get the job, je commence lundi. Or, je dois absolument donner un préavis d’une semaine minimum pour lâcher le boulot. Pas moyen de faire la p..., j’ai un contrat en bonne et due forme. Et la manager compte sur moi pour la semaine prochaine. Tendu du slip, comme on dit dans le jargon. Je vais donc devoir la jouer fine, et envisager tous les cas de figure. Inch Allah !

mercredi 14 mai 2008

L’Adieu aux larmes

Ça y’est c’est fait. J’ai solennellement averti ma manager que je ne ferais pas de vieux os à Thornton’s. Je lui ai expliqué que je cherchais un autre boulot, et que dès que je trouve quelque chose qui me plaît - ce qui n’est pas gagné - je rends mon tablier (de maître chocolatier, yeah, yeah). Je vous laisse imaginer le désarroi dans lequel j’ai plongé toute la petite équipe.
Quand j’ai lâché la bombe, ma manager a menacé d’entamer une grève de la faim sans préavis. Une autre collègue a essayé de s’immoler par le feu* à l’annonce de la nouvelle. Ça fait toujours plaisir, ces petites marques d’affection, mais je ne voudrais pas qu’elles se blessent non plus. Pour clarifier les choses, et afin d’éviter tout nouvel incident, j’ai donc décidé de convoquer de toute urgence un "staff meeting". J’ai bien essayé de leur expliquer que ça n’était pas dirigé contre eux, qu’ils n’avaient rien à se reprocher. Que pour moi travailler dans un magasin de chocolats n’était pas exactement une vocation, mais plutôt un accident. Autant pisser dans un violon.
Remarquant leur mine déconfite, voilà ce que j’ai ajouté, en substance. "Ecoutez mes amis, vous devez être forts. Dans la vie, il faut savoir s’effacer à temps. Je crois que pour moi le moment est venu de tirer ma révérence, et d’aller là où mon cœur me porte. Je ne vais pas vous mentir, vous allez passer par des moments de doute, des périodes d’angoisse profonde. Mais la vie est faîte d’épreuves. Et comme le dit si bien le dalaï lama (à moins que ce ne soit Francis Lalanne), on apprend bien plus dans l’adversité que dans le confort."
Ma citation bouddhiste n’ayant pas provoqué l’effet escompté, j’ai poursuivi, rassurant : "Et puis même si c’est difficile à croire, je ne suis pas irremplaçable. Enfin pas complètement. D’autres personnes bien plus compétentes que moi vont arriver, et dans quelques décennies vous m’aurez peut-être même oublié (je sais c’est pas beau de mentir, mais c’était pour leur bien). Alors voilà ce qu’on va faire : je vais vous donner mon faux numéro de portable, et au moindre problème n’hésitez pas à m’appeler". C’est à ce moment là qu’une collègue est intervenue :
- "Mais qui c’est qui va passer la toile maintenant ?".
- "Euh, écoute Veronika tu dois confondre… Et puis avec ton fort accent slave je ne comprends pas ce que tu dis, j’ai toujours l’impression que tu manges un beignet fourré. Donc à l’avenir tu éviteras de m’interrompre pour dire des conneries, s’il te plaît. Ah, elle m’énerve celle-là des fois".
Reprenant mon calme, j’ai conclu. "Mes biens chers frères, j’ai quoi qu’il en soit été ravi de travailler avec vous, sauf avec toi Veronika. J’ai vécu grâce à vous une formidable aventure humaine, et je pars la tête haute, plus fort que jamais. Rassurez-vous, je m’en vais le cœur gros, mais les poches pleines. Sachez que je ne vous oublierai jamais, oh non jamais (yeux embués, trémolos dans la voix) ! Pour fêter mon départ, j’ai acheté un paquet de Pringle’s Barbecue que vous vous partagerez allègrement. Non ne me remerciez pas, c’est bien le minimum que je pouvais faire envers cette entreprise qui m’a tout donné. Et puis qui sait ce que la vie nous réserve ? Peut-être serai-je amené à revenir travailler ici. Mais ne vous faîtes pas trop d’illusions, tout de même. Et puis vous savez, il y’a des choses bien plus graves dans le monde que mon départ. Regardez ce qui se passe en Birmanie, par exemple (toujours donner des exemples concrets pour faire passer la pilule). Allez maintenant remettez-vous tous au travail, c’est le plus beau cadeau que vous puissiez me faire."
Hé attendez j’ai comme l’impression que vous ne me croyez pas. Ne niez pas, je le sens. Vous croyez que je romance ? C’est pas beau d’être jaloux, vous savez, pas beau du tout. Ça y’est vous m’avez braqué, j’ai plus envie de raconter. Bon et ben puisque c’est comme ça je finirai mon histoire quand j’aurai officiellement quitté Thornton’s. Et Vlan !!!
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* Pour information, "s’immoler par le feu" est un pléonasme. Cette précision s’adresse tout particulièrement aux pseudo-"journalistes" vedettes, PPDA, Pujadas, Chazal qui abusent avec délectation de ce genre de clichés.

mardi 13 mai 2008

Précisions

Les commentaires suscités par le message "Bourrage d'urne" ont entraîné les mises au point suivantes.
Mon bien cher Kreich, en temps normal j'aurais été entièrement d'accord avec toi, même si je respecte bien-sûr la liberté d'opinion. Seulement pas de bol, je crois que la personne en question n'est autre que ma mère. Je peux, tu le comprendras, difficilement te suivre sur ce terrain miné et te laisse l'entière responsabilité de tes propos. Tu risques donc d'avoir des nouvelles de son avocat assez rapidement. Je te conseille de plaider la folie, ça marche presque à chaque fois. Avec un peu de chance, tu t'en tireras avec des travaux d'intêret général.
Second dossier: les basses attaques proférées à mon encontre par un lecteur anonyme, qui n'assume visiblement pas ses propos. Et je le comprends. Le style n'est pas dénué de talent, et m'est clairement familier, ce qui me laisse croire que j'ai démasqué le coupable. Mais le talent n'excuse pas tout, bien au contraire. Passe encore la mise en cause de ma probité morale et les diverses allégations à caractère totalitaire. En revanche, je ne peux laisser passer les insinuations sur mon intégrité sexuelle, qui relèvent de la brigade des moeurs. Le caractère diffamatoire et attentatoire à la vie privée de ces attaques m'oblige à prendre contact sur le champ avec l'avocat de la famille, qui va décidément avoir du boulot. Cette histoire ne restera pas sans suite, croyez moi. Vous aurez de mes nouvelles.

Bourrage d'urnes

Chers lecteurs, dépêchez vous, les bureaux de vote ferment dans quelques heures. Attention, je n'encourage absolument pas le bourrage d'urne. C'est juste que ça serait dommage de ne pas s'exprimer sur un sujet aussi important. Visiblement, bon nombre d'entre vous n'avez (n'ont?) pas encore glissé leur enveloppe dans l'urne. Sachez que ce sondage s'effectue à bulletins secrets, respectueux du principe d'anonymat. Les risques de représailles de la part de la mafia napolitaine sont donc quasiment nuls.
A ce jour ce sondage, réalisé dans le plus pur esprit républicain, est sans appel. Et, vous l'aurez remarqué, assez peu flatteur pour nos camarades italiens. Ayant dépassé la barre des 10 votes, je décrète que le panel peut être considéré comme représentatif. Vous estimez donc pour l'instant à 90% que les Transalpins sont de grosses fiottes. C'est un jugement qui vous honore, même si je ne voudrais absolument pas prendre parti et par-là même influencer les choix des uns et des autres. Ce vote doit être réalisé en votre âme et conscience.
A moins d'un improbable retournement de situation, qui serait de toute façon soumis à une commission d'enquête indépendante, le résultat final ne devrait pas trop évoluer. Il sera donc entériné et inscrit au journal officiel. Cette consultation apporte quoi qu'il en soit une confirmation solennelle de ce que beaucoup soupçonnaient depuis bien longtemps. Et brise, par la même occasion, une idée reçue qui voudrait que les Ritales soient de gros tombeurs. Vox populi, vox dei.

dimanche 11 mai 2008

Spirit of Chelsea


Aujourd'hui c'était le "Super Sunday". Enfin l'un des nombreux "Super Sunday". En gros, la dernière journée de Premier League, dont les enjeux étaient sacrément nombreux. Notamment pour l'attribution du titre de champion. Petit rappel de la situation pour les étourdis.

Avant cette journée décisive, Chelsea et Manchester United comptent le même nombre de points. Mais Manchester possède un meilleur goal-average. Pour faire simple, si les deux équipes gagnent, c'est Man U qui sera champion. Quel suspense... Really thrilling!




Une partie de l'histoire se joue ici, à "Stamford Bridge", le stade de Chelsea qui se trouve à 5 minutes de chez moi. Chelsea reçoit Bolton, alors que Manchester se rend à Wigan. Histoire de pimenter le tout, "Sir" Alex ferguson, bien connu pour son fair-play, n'a pas pu s'empêcher de se plaindre. "Ouais, c'est dégueulasse, les joueurs de Bolton ont passé la semaine à se prendre des cuites, alors que Wigan veut absolument nous taper...". Je résume un peu, mais l'idée est là.
En tant que voisin, je me devais de suivre ce match. Et un match important, ça se regarde où? Au pub, bien sûr! Là où tout se passe. En immersion totale.
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Je me rends donc dans un pub around the corner, à deux pas du stade. Tiens, tiens... des gars qui refont la saison à l'entrée du pub, qui dissertent sur la composition d'équipe une bière à la main, arborant fièrement le maillot de Chelsea... ça sent le match de foot à plein nez, ou alors je ne m'y connais plus.





Effectivemment, y'a plus de doute. A l'intérieur c'est chaud comme une barraque à frites. Pub archi-bondé, pas facile de se frayer un chemin. L'ambiance est assez hot, je pense que vous l'imaginez facilement. La bière coule à flot, ça gueule à gorge déployée, les t-shirts déchirés sont de plus en plus nombreux. Chaque action est ponctuée du traditionnel "Oooooooouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuh" à l'anglaise.


Et bien sûr, ça chante comme un seul homme. Chaque joueur a droit à son petit hymne personnel, sur des mélodies plus ou moins variées. Je suis sûr que ces couillons ont même un chant en l'honneur du 3e gardien. Adebayor, qui joue pour l'ennemi intime d'Arsenal, a droit à son petit couplet: "A-DE-BA-YOR, A-DE-BA-YOR... ADEBAYOR IS A COCK SUCKER". Oui en général c'est assez classe, mais plutôt pertinent.


YEEEEEEEEEEEAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHH !!!!!!!!! But pour Chelsea, supporters en délire. Deux minutes de hurlement et de pintes renversées. On se prend à croire au titre. Un employé du pub a le malheur de changer de chaîne accidentellement, et se fait immédiatement huer par des dizaines de "hooligans" surchauffés.

Mauvaise nouvelle, Manchester mène 2-0 à Wigan. C'est cuit. Pas assez, cependant, pour calmer ce petit monde.



C'est terminé! Chelsea s'est pris un but en fin de match alors que Man Utd a gagné, les "Red Devils" conservent leur titre. Le peuple "Blue" quitte Stamford Bridge fier de son équipe, et investit Fulham Road, paralysée comme tous les jours de match.


Ces supporters ont l’air malheureux, mais rassurez-vous, ça ne dure jamais longtemps. En Angleterre, on se console très vite. S’ils avaient gagné le titre, les "Blues" seraient allés dans un pub fêter dignement leur triomphe en famille, et boire beaucoup de Carlsberg. Comme ils l’ont perdu, ils vont aller dans un pub fêter dignement leur échec en famille, et boire beaucoup, beaucoup de Carlsberg. C’est ça, la beauté du sport.






La brigade légère. "Attention les mecs, faisez pas les cons ou on charge !"

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Tels des charognards, les journalistes se jettent sur leurs proies.
- "Alors pas trop écoeurés?".
- "Si bien sûr on est un peu tristes, mais vous savez j'en ai vu d'autres, héhéhé. Je suis surtout déçu pour le gamin, il aurait tellement voulu être champion. Surtout que c'était son anniversaire aujourd'hui. Mais comme on dit, c'est le football".

Je vais vous dire, et bah moi je suis bien content que Chelsea ne soit pas champion. Pas parce que je soutiens Manchester, bien au contraire. Pas contre les supporters de Chelsea, ennemis mais néanmoins voisins. Mais parce que ça m'aurait gavé de voir triompher un club financé à coups de milliards par la mafia russe et son parrain Abramovitch. Vous me direz, les autres c'est pareil. C'est pas faux, mais tant pis.

De toute façon, moi je soutiens le FFC, Fulham Football Club. Un club familial, avec de vraies valeurs. Je suis né à Craven Cottage, j'ai grandi à Fulham, je respire et je mange Fulham. Depuis tout petit, mon coeur bat au rythme des coup-francs de Jimmy Bullard et des buts de McBride. Miracle: Fulham arrache son maintien en Premier League à la différence de buts (et en achetant le match). Tout est bien qui finit bien. Come on Cottagers!

jeudi 8 mai 2008

Latin Lovers

Vous vous êtes toujours demandés à quoi pouvaient bien ressembler deux Italiens gays après une nuit torride?
Et bah maintenant vous savez! C'est pathétique!


ATTENTION, L'IMAGE SUIVANTE EST DE NATURE A HEURTER LA SENSIBILITE DES PLUS JEUNES






Sur ce cliché pris sur le vif, on distingue clairement la répartition des rôles.

A droite Tancredi, le macho, visiblement très fier du travail accompli. Il profite du repos du guerrier, après une nuit apparemment éreintante. Son regard vaguement perdu trahit sa pensée: "Putain j'ai encore assuré comme un dieu". On se doute que le grattage de couilles, étape inévitable, ne va pas tarder.

A gauche Luca, son amant d'un soir. Dans ses yeux, une expression de fatigue teintée d'admiration pour son preux chevalier. Pudique, il préfère se cacher sous les draps. Mais sa main se rapproche dangereusement du torse velu de son partenaire.

Finalement cette photo n'est que la confirmation d'un constat très simple: quelles grosses fiottes ces ritales!

mardi 6 mai 2008

La tentation de Lille

« Le mai le joli mai » est arrivé, et avec lui son cortège de concours en tous genres. Plus le temps de gamberger, la tête dans le guidon. Aujourd’hui, c’est donc le grand jour de Sciences-Po Lille pour l’un des membres de cet appart, le petit Erwan. Il était donc normal que ce modeste blog s’associe à cet évènement, ainsi qu’au stress de sa famille, en envoyant une pensée émue à l’un de ses personnages récurrents. Un fanfaron qui s’est mis en tête d’intégrer ce repaire de fils à papa que sont les IEP. La première marche d’un long chemin semé d’embûches qui devrait, sauf improbable retournement de situation, le mener vers le poste hautement honorifique d’ambassadeur de France à Londres. C’est jouable.
J’imagine donc que monsieur est dans ses petits souliers ce matin. « Merde j’oublie un truc, j’en suis sûr… J’ai ma carte d’identité, ma convoc’, mon "Mars amandes"… merde j’ai oublié mes touilles ! ». T’inquiète petit, t’en as pas besoin. T’es prêt. T’as travaillé tellement dur toute l’année, j’en suis témoin. Toutes ces nuits à potasser les livres de Pierre Miquel à la lueur des bougies. Ces journées entières passées à Kew, noyé dans les bouquins, croulant sous les archives, ivre de fatigue (les parents de l'intéressé étant susceptibles de lire ce message, je me vois dans l’obligation de pratiquer la désinformation).
Pas même le temps de lire L’Equipe ou d’enquiller trois championnats de PES dans la même journée. Encore moins d’enchaîner une grasse matinée avec un après-midi au pub, à siroter de la Guiness. Une vraie vie de forçat. Un chemin de croix. S’il y’a une justice dans ce bas-monde, un tel abattage va forcément payer. Et puis un mec qui a lu le "Lite" et le "London Paper" aussi consciencieusement jour après jour est forcément au point. Bon j’espère quand même pour toi qu’il y’aura quelques questions sur Kate Moss et Cheryl Cole en culture générale. Mais si ça n’est pas le cas, ne panique pas, tout se joue au mental. Dis-toi que t’en sais des choses, même si c’est faux.
Et puis après tout, c’est super simple Sciences-Po. Franchement, tu ne peux pas le rater, ou alors il faut vraiment mettre une sacrée dose de mauvaise volonté. Même Anne Roumanoff l’a eu, c’est pas peu dire. Je dis ça, mais je ne veux surtout pas te mettre la pression. Tu dois être un tueur man ! Penser comme un prédateur, un Grand Méchant Loup assoiffé de sang qui s’apprête à bouffer tout cru le Petit Chaperon rouge. L’œil du tigre man, l’œil du tigre ! Putain man, tu joues ta vie !
Et même, je dis bien même si tu n’étais pas pris directement, tu as un autre atout dans ta manche. Et oui, grâce au système de quotas en vigueur, et en tant que Virois, j’imagine que tu peux obtenir le statut de "cassos’ " assez facilement. Vire c’est bien en ZEP, non ? Par contre il’y a un truc auquel tu n’as peut-être pas pensé. Si t’es pris à Lille, tu vas de facto endosser la nationalité "Ch’ti". Et donc travailler à la mine après les cours, et aller à Bollaert le week-end. Bah oui mon petit, la vie n’est pas un conte de fées. Vu le contexte sensible autour des gens du Nord, "qui ont dans le cœur le soleil qu’ils n’ont pas dehors", je n’en dirai pas plus. Mais je n’en pense pas moins.
Au fait j’espère que ta nuit sous les ponts - ou dans un hôtel de passe près de la gare Lille- Flandres - s’est bien passée. Voilà ce qui arrive quand on veut se la jouer "Old School". De l’art de se mettre en danger quand tout pourrait être si simple. Mais sache que l’aventure, ça n’est pas à la portée de tout le monde. Ça se travaille.
Bon sinon j’ai une bonne nouvelle pour toi : Tanchi s’occupe de ta chambre. Comme il a vu une ouverture, il s’est dit que c’était trop bête de laisser un lit inoccupé. Il a donc installé son pote rital' bien confortablement, en attendant ton retour. Ce dernier m’a d’ailleurs dit le plus grand bien de ton matelas, et apprécie fortement que tu aies lavé les draps exprès pour lui juste avant de partir. Et en bon camarade, Tancredi a également promis de "redécorer" entièrement ton espace vital. Mais attention, je ne voudrais pas que tout ça te perturbe en plein concours. Tu as bien d’autres choses à penser.
Ah oui, dernière chose : si par le plus grand des hasards, tu n’étais pas foutu d’avoir ce bloody concours, n’envisage même pas de remettre les pieds ici. Consigne d’Alex. Je sais c’est un peu dur, mais juste. C’est pour ton bien, gamin ! Allez good luck dude !

lundi 5 mai 2008

Tout se perd


Les pigeons n’ont plus aucun respect de nos jours. Pour rien, ni pour personne. J’en avais déjà eu la preuve l’autre jour, alors que je faisais un footing – tout ça pour dire que je fais des footings- lorsque j’ai surpris deux d’entre eux en train de copuler joyeusement dans le parc. Comme ça, sans la moindre gêne. Carrément exhibitionnistes. On voit que mai 68 est passé par-là. En tout cas j’ai tout juste eu le temps de détourner le regard. Shocking ! Mes valeurs puritaines en ont pris un sacré coup. Mais bon je suis quand même assez large d’esprit, et après tout c’est la nature. Donc passe encore l’épisode pornographique.
En revanche, j’estime que faire caca sur la choucroute d’Edith Cavell, héroïne de la Première Guerre mondiale, en plein Trafalgar Square, c’est tout de même pousser la provocation un peu loin. Allez au moins faire ça sur la colonne Nelson, ce sera déjà plus intelligent! Désolé ça me fout hors de moi! Je suis pour toutes les formes d’expression, tant que cela reste décent et respectueux de la personne humaine. Mais je pense quand même qu’il existe des moyens un peu plus classes pour marquer son désaccord, aussi profond soit-il. Vous me direz que ce pigeon avait peut-être juste besoin de se soulager, et qu’il ne pouvait plus attendre ? C’est un peu facile. Ok c’est pas toujours évident de trouver des toilettes en plein centre-ville, mais y’a quand même des Mc Do’, bon dieu ! Et je ne suis pas bien sûr que ces mêmes pigeons apprécieraient que je vienne faire mes besoins dans leur nid.
De toute façon, de manière générale, je les trouve de plus en plus insolents ces geons-pi. Et encore plus les pigeons londoniens, complètement snobs et dépravés. Dégradation de matériel public, "vol" en bande organisée, tapage nocturne… les exemples ne manquent pas. C’est pourquoi j’ai décidé de lancer une vaste offensive contre ces voyous à plumes. La lutte contre les incivilités pigeonnesques sera mon cheval de bataille pour les élections de 2012. J’ai d’ailleurs déjà trouvé mon slogan, qui reste bien sûr à affiner : « Les pigeons, c’est tous des cons ! ». Espèrons que les électeurs ne seront pas trop "volatiles" (mwarf, mwarf, mwarf)!

samedi 3 mai 2008

Londres a son bouffon


Pire que le Grand Incendie de 1666. Pire que les bombardements de la Luftwaffe pendant la Seconde Guerre mondiale (attention cet article est extrêmement documenté). Bien pire que la signature de Pascal Chimbonda à Tottenham. Londres est entrée dans une ère d’austérité et de morosité inédite. Londres est passée à droite.
Les Londoniens viennent en effet d’accorder leur confiance à Boris Johnson, candidat conservateur, pour prendre les rênes de la capitale. Un véritable séisme politique, que dis-je, un cataclysme. Et un superbe camouflet pour le déjà regretté - enfin par moi- Ken Livingstone, qui veillait avec passion sur ses chers administrés depuis huit ans. La vie politique est ainsi faite qu’elle ne récompense que rarement les plus méritants.
La défaite des travaillistes n’est pas franchement une surprise. Mais quand même…C’est vrai que Ken, alias "Ken the Red", est un ancien dangereux trotskiste et un chien fou. C’est vrai que Ken est un alcoolique invétéré, commençant invariablement sa journée par une bouteille de rouge et la terminant par une de whisky (je ne parle même pas de l’après-midi et de l’apéro). C’est vrai aussi que Ken ressemble à Popeye, et a des allures de vieux pervers avec son grand imper beige. C’est vrai enfin que ce bon vieux Ken est assez exaspérant avec sa voix de canard. Mais après tout, est-ce la bonne réponse à apporter à cet homme que de le sanctionner par les urnes ? Le résultat est simple : la bouteille du matin sera remplacée par deux bouteilles, puis trois, et ainsi de suite… C’est moche !
La semaine dernière, Ken avait pourtant reçu le soutien de Bertrand Delanoë. Ceci explique peut-être cela. Dans son programme, Livingstone proposait d’emprunter les idées les plus brillantes de Bertrand, genre « Paris plage » ou autre « Vélib’ » (non je suis trop dur, « Vélib' » c’est pas si mal). Bien lui en a pris. J’avais moi-même apporté publiquement mon soutien à Ken. J’ai pris acte du message envoyé par les Londoniens. Je saurai en tirer les conséquences, en me retirant de la vie politique.
Mais le plus triste, dans l’histoire, ce n’est pas la défaite de Ken. C’est surtout la victoire de Boris, surnommé "Boris le bouffon". Car cet homme est un magnifique imposteur. Un escroc total, qui doit encore se demander comment il a réussi son coup. Si vous ne le connaissez pas encore, Boris Johnson est un parfait blaireau, même ses amis en conviennent. Personne ne sait vraiment trop comment il a obtenu l’investiture « tory ». Ils ont dû tirer à la courte-paille, ou alors Cameron était bourré. Boris a un physique ingrat (jugez par vous-même), du foin à la place des cheveux, et une voix irritante. Un peu court, jeune homme, me direz-vous. Exact, seulement Bobo est également une quiche en politique. Son slogan de campagne était le suivant : "Votez tory, votre femme aura de plus gros seins". Si c’est volontairement dénué de sens, j’applaudis des deux mains. Sinon, il dit qu’il voit pas le rapport. Si quelqu’un a compris, je suis preneur.
Mais au fond, c’est là-dessus que Johnson a gagné l’élection. Car ce mec est marrant, tellement marrant qu’il a réussi à faire franchement rire Ken pendant une émission télé. C’est un gros comique, un guignol. Ancien journaliste, il s’est quand même fait virer du Times pour avoir inventé une citation (qu’est-ce qu’il foutait au Times d’ailleurs ?). Plus tard, il a travaillé au journal de droite The Daily Telegraph, comme correspondant européen. Apparemment, ce con passait son temps à dégoter les directives les plus débiles, comme la taille réglementaire des saucisses. Bon ça c’est drôle, j’avoue. Car Bobo est un anti-européen convaincu, et à la limite, ça n’est pas forcément un défaut. En gros il sait y faire, mais n’a aucune légitimité. Anyway, les Londoniens avaient besoin de rire, ils vont en avoir pour leur argent.
Pour la petite histoire, le 3e larron et poulain des "Lib Dem", Brian Paddick, n’a jamais vraiment été dans la course. Normal, c’est une "faggot". Oh je rigole… Mais bon il est quand même plus connu pour ses parties fines avec Elton John que pour son action politique. Par contre la photo ci-dessous est un peu tendancieuse : non Brian n’est pas déguisé en "Village People", il était tout simplement commandant de police avant d’entrer en politique.
Voilà ce que j’avais à dire de cette mascarade. C’est mon avis, et je le partage entièrement. Les gaffes de Boris deviendront peut-être une chronique de ce blog. En attendant, il va falloir prendre le maquis. Londres assiégée ! Londres martyrisée !! Londres sodomisée !!! Mais Londres (bientôt) libérée !!!!