lundi 2 juin 2008

Nabab

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Pour les plus fainéants d'entre vous qui n'auraient pas peur de l'exotisme, un petit conseil: allez vivre au Bangladesh! Je viens de découvrir ce bon plan par l'intermédiare de Nafees, un de mes collocs'.
Depuis le début, je le trouvais bien suspect, me donnant toujours un peu l'impression de découvrir le monde. Et bah c'était pas qu'une impression. Ce petit sagouin m'a lâché le morceau: là-bas, dans ce lointain pays aux confins de l'Inde et de la Birmanie, bordé par l'Océan Indien et bercé de soleil, monsieur n'en fout pas une. Les doigts de pied en éventail. Et pour cause: il a cinq domestiques à sa disposition en permanence. Le petit prince se fait donc apporter son thé, beurrer ses tartines et sûrement même frotter le dos après ses ablutions. Je savais qu'il venait d'une famille extrêmement aisée, mais tout de même. "Oh mais tu sais là-bas tout le monde a des domestiques", s'est-il justifié quand j'ai éxplosé de rire. Oui, oui, certainement. Et j'imagine que les larbins ont eux-mêmes leurs propres larbins, et ainsi de suite.
Bon en tout cas ça explique bien des choses. C'est pourtant un gros empoté qui vous parle, pas capable de foutre grand chose de ses dix doigts. Mais à côté de lui je suis MacGyver. De son propre aveu, cet imposteur n'avait jamais cuit un oeuf de sa vie -il n'a que 26 ans, certes... Et ce n'est pas juste façon de parler. Mais depuis quelques jours, et après des mois d'absorption de hamburgers surgelés, Nafees a décidé de franchir le pas. Et de se pencher sur la délicate question de l'usage des ustensiles de cuisine et des petits bonheurs des plats faits maison. Je suis sûr qu'il regarde les émissions culinaires de Gordon Ramsay et Jamie Oliver en douce dans sa chambre, en prenant des notes. L'autre jour il me sort, émerveillé: "Hier j'ai vu George cuire de la viande et la mettre dans des pâtes avec de la sauce, ça avait l'air trop bon j'aimerais bien faire pareil...". Ah je vois, tu fais sans doute allusion à ce que l'on appelle communément spaghetti bolognaises! Mais il est trop marrant, car il ne fait pas du tout exprès: ce gars est super intelligent, très vif d'esprit mais totalement handicapé dans la vie de tous les jours.
Toujours est-il que depuis quelques jours, notre Nafees passe sa vie dans la cuisine. Il prend des cours accélérés auprès de sa petite copine, qui elle n'a que trois domestiques au Bangladesh, donc beaucoup plus débrouillarde. Elle lui explique patiemment: "Donc tu prends les tomates, tu les coupes dans le sens de la longueur, comme ci, comme ça et patati et patata..." Comme un gamin, il se concentre 30 secondes et puis décroche. C'est pourtant pas faute de bonne volonté, mais c'est le genre à courir dans tous les sens, faire semblant de surveiller la casserole alors qu'ele déborde, et au final à brasser du vent. C'est un jeune chien fou, insaisissable. Le joueur d'1m50 qui vous passe entre les jambes et fait trois fois le tour de son défenseur. Il faut le voir pour comprendre. En tout cas ils sont vraiment, vraiment marrants.
Dans sa soif de découverte de la vraie vie, Nafees vient aussi de se heurter aux dures réalités du monde du travail. N'avait-il pas lâché un jour: "Je vous vois tous partir tôt le matin, et revenir tard le soir, fatigués. C'est ça qu'on appelle aller au boulot?" Non là je déconne, c'est pas vrai. Il n'a jamais dit ça - mais il l'a sûrement pensé! Né avec une cuillère d'argent dans la bouche, ce pacha n'avait encore jamais cotoyé de près ou de loin cet univers impitoyable, pas même pour un petit boulot. Sa profession: étudiant à vie (c'est le métier que je voulais faire d'ailleurs). Pour s'acheter un peu de crédibilité, il est venu faire ses études de super-méga management de je-ne-sais-pas-quoi à Londres. Papa, qui possède apparemment une très grosse boîte au pays, assure tous les frais -ce qui a d'ailleurs valu à Nafees une convocation à la banque pour savoir d'où venaient ses revenus... La voie semblait donc toute tracée: le fils n'avait plus qu'à prendre la succession de l'entreprise familiale. Sauf que dernièrement, son père lui a justement mis la pression: tu bosses, ou tu n'auras rien.
Alors pour la forme, mais avec un enthousiasme sincère, il a trouvé un petit boulot. Si j'ai bien compris, il s'agissait d'accueillir les visiteurs d'une exposition florale à Earl's Court pendant une semaine. Déjà je ne sais pas comment tu dégotes ce genre de boulot, mais passons. Après s'être démené (comme un beau diable!) pour obtenir son "Insurance Number" et tout le bazar, qu'a fait notre Gaston? Faux bond, et oui gagné! Premier jour de boulot: il arrive 15 minutes en retard, et se fait gentiment renvoyer dans ses chaumières. Il faut dire qu'il commençait vers 16h-17h, ça fait tôt quand même. Deuxième jour, il croit être "off" alors qu'il travaille: second blâme. Troisième jour: il perd son passeport dans le métro et passe la journée à courir après -je vous rassure il l'a retrouvé. Le pauvre est remercié avant même d'avoir bossé une minute. D'accord, en fait c'est juste un petit con, me direz-vous (comme pourraient d'ailleurs le faire croire les photos)? Et bien pas du tout, au contraire. Ce petit homme est juste un grand bordélique, gaffeur, et un phénomène de naïveté.
Je ne parle même pas du ménage, dont il avait certainement vaguement entendu parler avant de venir ici. Jusque-là il a toujours réussi à échapper à son tour de corvée, et je n'arrive même pas à lui en vouloir (peut-être parce que je fais la même chose). Bref ce personnage, qui va nous quitter dans peu de temps, méritait bien un petit message sur ce blog. Je ne sais pas s'il prendra la suite de son père un jour. Mais au moins maintenant il sait presque allumer un four, ouvrir une boîte de conserve et faire cuire un steack. En cas de grève des domestiques, il pourra donc survivre quelques jours. Et c'est déjà une grande victoire.


1 commentaire:

Les bibs a dit…

Je crois que tu aurais fait un très bon Bengali Macgyver