vendredi 16 mai 2008

Pas de fumée sans feu

Je suis devenu un spécialiste de l'enfumage dans cet appart. Si vous avez des renards, lièvres ou blaireaux (ça je n'en doute pas) à déloger, je suis votre homme. Je dois dire que ce midi j'y suis allé un peu fort avec les plaques de cuisson. Mais c'est le menu extrêmement raffiné qui voulait ça: steack haché-patates! Les patates ont fait un séjour relativement prolongé dans le four à 250° (température idéale pour obtenir des pommes de terre dorées à souhait), pendant que le steack frissonnait de plaisir sur la poêle. Hé c'est de la viande anglaise quand même, il ne faut donc pas hésiter à la cuire un brin trop, voire la carboniser. On n'est jamais trop prudent.
Afin de ne pas stresser mes aliments, et de laisser libre cours à leur imagination, je suis allé faire un petit tour dans ma chambre pour voir si j'y étais. La viande stressée c'est jamais bon, c'est de la semelle. Jusqu'à ce que mon odorat soit attiré par une douce senteur de... roussi... de brûlé quoi. Saisissant le message, je me rends immédiatement dans la cuisine. Il est malheureusement trop tard, je ne peux que constater les dégâts. La pièce -que dis-je l'appart- est enveloppé d'une épaisse fumée grise qui me rappelle les pires coups de "grisou" du temps où je travaillais à la mine. On n'y voit pas à plus d'un mètre là-dedans.
N'écoutant que mon courage, je me jette dans les flammes tête baissée, saisis la poêle et en exfiltre le steack brûlé au 3e degré. Dans la foulée j'ouvre violemment la porte du four, et subit de plein fouet un souffle de chaleur insoutenable qui me fait lâcher prise. Au loin j'aperçois mes chères patates, prisonnières des flammes. "Thomas laisse nous, sauve ta peau! Pars tant qu'il en est encore temps... Tu ne peux plus rien pour nous". "Jamais! Tout ça c'est de ma faute... Je vous ramènerai dans mon assiette, même si je dois y laisser la vie". Je parviens finalement à extirper les patatos du piège infernal qu'était devenu ce four, et à les emmener en lieu sûr.
Malgré les premières frayeurs, le constat est plutôt rassurant. La viande n'avait certes pas besoin de plus, mais les patates sont quasiment intactes. J'attribuerai donc cette alerte incendie non pas à une quelconque négligence de ma part, mais plutôt à un matériel défectueux et ne répondant certainement pas aux normes de sécurité. Sans parler de la participation bien involontaire d'Erwan, qui fêtait son retour en laissant chauffer une casserole vide à plein feu pendant 5 minutes. Non je ne cherche pas à me dédouaner, ce sont là des faits avérés.
En remontant à l'étage, je tombe sur Liam, en train de suffoquer dans sa chambre, crachant ses poumons. La fumée, extrêmement tenace, a en effet réussi à se propager dans toute l'habitation, n'épargant que de rares recoins. D'ailleurs au moment où je vous parle elle est encore loin d'être dissipée. Riant jaune, il m'interpelle: "Hé Thomas, merde, regarde moi ça!" C'est vrai que sa chambre s'est transformée en aquarium, pas facile de respirer. "Vraiment Liam c'est pas bien de fumer dans ta chambre. Si ça continue je vais devoir le dire au propriétaire". Pourtant du genre à se foutre de tout, notre Anglais n'est pas super satisfait. Le pauvre a les yeux qui piquent. Chochotte va! Au moins maintenant en cas de conflit, je sais comment l'abattre: mettre le feu à sa porte, et attiser les braises avec un soufflet.
Bon je vous rassure, personne n'a été blessé dans l'histoire. Par chance, l'appart était quasiment inoccupé, ce qui a évité les intoxications au monoxyde de carbone. Moi je suis allé déguster mon festin dans ma chambre, là où l'air est plus frais. Liam, qui ne voulait pas ouvrir sa fenêtre pour ne pas avoir froid (ça doit pas être un vrai Anglais celui-là) et Erwan, qui ne peut plus ouvrir la sienne (ah les bonnes petites surprises du retour à la maison) ont pris leur mal en patience, respirant tant bien que mal une partie de l'après-midi. Au moins c'était un bon exercice incendie, non? Et puis après tout, que voulez vous? On ne fait pas de grande cuisine sans casser des oeufs.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Tu es bien le digne fils de ta mère qui organisait déjà des exercices incendie tout en prétendant cuire des oeufs durs quand nous habitions à la Zup il y a 30 ans!...Continue, je sens un fin cordon bleu en puissance à moins que tu ne sois qu'un vulgaire pyromane...