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Borders, c'est d'abord une galerie de personnages étonnants, bizarres, intéressants... Une espèce de 4e dimension.
Il y'a d'abord Pablo, "supervisor" anglo-brésilien hyper jovial et réalisateur à ses heures perdues. Il a pondu un film autobiographique qu'il veut absolument que je vois et que je critique. Le pauvre risque de ne pas être déçu. Sinon, Pablo disserte sur Dostoïevski entre deux blagues salaces et enchaîne sur des sujets sans aucune cohérence apparente. Je m'amuse à lancer des débats passionnés tout en gardant un oeil sur
OK ou
Grazia. Maintenant je déduis mes discussions avec Pablo de mon temps de pause. Ah oui, il adore le Français, et adore donc faire des appels au micro en Français.
Il y'a aussi Ricky, le "vigile" le plus inoffensif sur le marché. Cet homme passe plus de temps dans la "staff room" à remplir sa grille de loto qu'à surveiller les clients. Une tête années 70, un mix d'Arnold et du "Huggy les bons tuyaux" de Starsky et Hutch. Je l'imagine très bien en pantalon pattes d'éph' et chemise à fleurs, se trémoussant sur Saturday Night Fever. Je suis par ailleurs certain qu'il a loué son uniforme de vigile chez "Le Farceur".
Emma, l'une des managers, sort tout droit d'un film hongrois des années 40. Pas d'exemple en tête. Sympa, mais taciturne et flippante. Visiblement neurasthénique. Dès que tu l'interromps dans sa lecture de bouquins, tu te demandes si elle ne va pas sortir un "taser" de son sac à mains.
Sinon il y'a l'autre Thomas, alias Kevin Bishop. Intermittent du spectacle blasé, il aurait joué dans quelques pièces de théâtre londoniennes mais fait en ce moment des extras à Borders. Je l'aurais évidemment traité d'escroc s'il ne ressemblait pas étrangement à Kevin Bishop (le rosbif de "L'Auberge espagnole"). Il ne veut pas l'avouer mais je sais que c'est lui.
Adam, le big boss, toujours en mouvement comme pour éviter les balles. Parle trop vite pour moi. Serait bien gay- aucun rapport. Je ne comprends pour ainsi dire rien à ce qu'il raconte, et mise énormément sur la déduction. Surtout quand il se lance dans de grandes explications techniques. Au début je l'arrêtais et lui posais des questions. Maintenant je me contente de "Ok", "All right", "Really?" en me disant que pour l'instant tout va bien... Des fois j'ai trop envie de l'interrompre au bout d'un quart d'heure et de lui dire: "Mais mon bon Adam, de quoi tu parles?"
Bon je m'arrête là car la liste est longue... Tout ça pour dire: cette librairie, c'est Pulp Fiction.